mardi 4 octobre 2011, par
L’exercice de valorisation de l’Union Européenne est fragile aussi, parce que des messages maladroitement envoyés d’en haut, de Bruxelles, disais-je, peuvent avoir des effets désastreux sur toutes les opinions publiques qui, pour le coup, vont les assimiler promptement.
Prenons un cas catastrophique vécu ces dernières semaines. La menace de suppression de l’aide alimentaire à 13 millions d’Européens parmi les plus démunis, à qui le programme de la Politique Agricole Commune permettait d’offrir, via 240 associations, des repas pour se nourrir, j’ajouterai même tout simplement pour survivre et ne pas sombrer dans la faim, car force est de constater que nous en sommes bien là !
Tout cela tout le monde l’ignorait. En revanche tout le monde a compris, en une journée, qu’une décision venue d’en haut, annoncée depuis Bruxelles, de la Cour de justice de l’UE relayée par cinq gouvernements, mettait en péril cette aide alimentaire ; et du coup que Bruxelles s’attaquait aux plus pauvres, à la banque alimentaire, aux "Restos du Cœur" et autres associations caritatives si populaires auprès des Européens. Un effet désastreux, disais-je, qui donne une image très négative à l’encontre de ce que doit être la construction européenne, œuvre de cohésion sociale, de solidarité et d’humanité.
Alors comment reprendre du terrain, comment remonter la pente après de tels tsunamis d’informations nuisibles ?
Nous devons faire l’effort de distiller les grands enjeux européens que je détaillais tout à l’heure sur nos réseaux sociaux, dans nos réunions, sur le places des marchés, auprès des jeunes générations.
Notre communication par la preuve doit expliquer comment et en quoi une politique, un programme, une décision de l’Union européenne contribue-t-elle à améliorer la vie des citoyens au quotidien. Nous entrons dans un domaine où il s’agit de raconter une multitude d’histoires d’Europe, avec des faits et des résultats que les gens comprennent. Je vous assure, c’est ce qu’attendent de nous les femmes et les hommes de nos régions, de nos campagnes et de nos villes, les jeunes notamment !
Nous devons montrer une Europe qui écoute le peuple, qui protège, qui participe à la régulation de l’économie mondiale et qui fait sa place aux préoccupations de vie quotidienne, en particulier en matière d’emploi et de pouvoir d’achat.
Nous devons rendre l’Europe accessible et concrète aux yeux des citoyens, de tous les citoyens.
Je reste persuadé qu’à notre place d’élus européens de terrain nous tenons les clés de la bonne promotion de l’Europe et de l’avenir de la construction européenne.
Monsieur le Président, Chers collègues, chers amis,
Je remercie avant tout le Président de la Commission EDUC, Alin Adrian NICA, de me permettre d’intervenir devant vous pour vous présenter un premier bilan de mes activités de représentant du Comité des Régions et des villes au sein des instances interinstitutionnelles de l’Union européenne en charge des questions de communication et d’information.
Faire la promotion de nos institutions européennes et faire aimer l’Europe actuelle, « vaste programme » me direz-vous !
Je profite donc de notre réunion, ici à Sofia, pour vous faire part de quelques idées afin d’améliorer la communication de l’Union européenne.
J’ai donc participé aux travaux du Groupe interinstitutionnel de l’information qui se réunit deux fois l’an à Strasbourg en prenant la succession de notre ex-collègue Claude du GRANRUE.
Je suis plus que convaincu que notre présence est utile dans cette instance de dialogue entre responsables politiques du Parlement européen, du Conseil et de la Commission. Ce groupe permet de traduire une volonté partagée de communiquer en partenariat sur l’Europe.
Je m’attache à y intervenir en tant que Maire et élu de terrain, à Coulaines dans la Sarthe, confronté comme vous, tous les jours, à des citoyens qui attendent des réponses concrètes aux situations qu’ils ont à affronter sans toujours comprendre la valeur-ajoutée de l’Union européenne. C’est bien-là le problème. Comment donner de la visibilité à l’action européenne ? Quel type et quel contenu de communication et d’information devons-nous produire depuis Bruxelles à l’adresse de 500 millions de citoyens déboussolés par les effets de la crise économique et perdus face à la complexité des circuits de décision européens ?
L’exercice de valorisation de l’Union est extraordinairement complexe et fragile.
Complexe car il n’existe pas une opinion publique européenne monolithique et cohérente, mais bien des opinions publiques disséminées au gré des territoires que nous représentons ici à Bruxelles.
Complexe car il faut bien se dire que les opinions publiques n’acceptent pas de recevoir des mots d’ordre, des messages d’en haut, de Bruxelles, mais attendent bien au contraire une information adaptée à leur besoin d’Europe. L’exercice de valorisation de l’Union Européenne est fragile aussi, parce que des messages maladroitement envoyés d’en haut, de Bruxelles, disais-je, peuvent avoir des effets désastreux sur toutes les opinions publiques qui, pour le coup, vont les assimiler promptement.
Prenons un cas catastrophique vécu ces dernières semaines. La menace de suppression de l’aide alimentaire à 13 millions d’Européens parmi les plus démunis, à qui le programme de la Politique Agricole Commune permettait d’offrir, via 240 associations, des repas pour se nourrir, j’ajouterai même tout simplement pour survivre et ne pas sombrer dans la faim, car force est de constater que nous en sommes bien là !
Tout cela tout le monde l’ignorait. En revanche tout le monde a compris, en une journée, qu’une décision venue d’en haut, annoncée depuis Bruxelles, de la Cour de justice de l’UE relayée par cinq gouvernements, mettait en péril cette aide alimentaire ; et du coup que Bruxelles s’attaquait aux plus pauvres, à la banque alimentaire, aux "Restos du Cœur" et autres associations caritatives si populaires auprès des Européens. Un effet désastreux, disais-je, qui donne une image très négative à l’encontre de ce que doit être la construction européenne, œuvre de cohésion sociale, de solidarité et d’humanité.
Alors comment reprendre du terrain, comment remonter la pente après de tels tsunamis d’informations nuisibles ?
Comment réduire « le gouffre » qui sépare l’Europe des européens comme le soulignait ce matin Nele HERTLING co-fondatrice du groupe « Une âme pour l’Europe ».
Comment le Comité des Régions peut-il parvenir à apporter une contribution positive et plus opérationnelle à cette communication en partenariat avec les autres institutions ?
Dans le cadre de mon mandat, dans le groupe interinstitutionnel de la communication ce sont les questions que je me suis attaché à développer auprès de mes collègues des institutions européennes et en particulier auprès de Mme Viviane Reding, Vice-présidente de la commission chargée de la communication.
Je crois partager avec vous l’idée que la communication que nous devons produire dans nos territoires ne peut faire abstraction du contexte de crise économique, financière et politique, ni de la fragilité sociale, qui pèsent sur l’Union et sur son avenir.
Face à cette crise comment communiquer sur l’Europe et sur sa capacité à y résister, à y faire face, et à trouver des moyens d’y répondre ? Quelles réponses pratiques devons-nous apporter à des opinons publiques forcément dans l’attente de signes concrets porteurs autant de protections que de ripostes face à cette crise ?
Je vous rappelle que l’assemblée politique du CdR et sa Présidence ont retenu dix priorités d’action pour la poursuite de l’actuel mandat, et je vais vous en rappeler certaines qui méritent d’être plus particulièrement considérées dans notre communication :
la Stratégie Europe 2020, à la fois ligne d’horizon et vision stratégique pour l’UE et pour les collectivités territoriales, à condition que la contribution de celles-ci soient réellement prise en compte dans les initiatives-phares proposées par la Commission et dans les plans de réforme des Etats membres à travers le développement de partenariats multi-niveaux et de Pactes territoriaux ;
la future Politique de cohésion territoriale que le CdR continuera de défendre comme une réponse concrète et européenne à la crise et pour laquelle il entend peser et garder sa force de proposition au nom des collectivités locales et régionales de toute l’Union ;
la réforme de la Politique Agricole Commune où le CdR entend pousser la dimension territoriale des deux piliers et renforcer les synergies entre les politiques de cohésion et de développement rural ;
les solutions et les propositions des collectivités locales et régionales apportées aux effets du changement climatique et aux enjeux énergétiques ;
l’aide au développement des pays pauvres, le partenariat oriental et l’Union Pour la Méditerranée par le biais de l’Assemblée des Régions et Localités de l’Économéditerranée.
En toile de fond de ces priorités figure le prochain budget européen qui doit permettre à l’UE de faire face à la crise en offrant aux politiques structurelles et sectorielles des moyens nécessaires. Nous soutenons de ce point de vue l’attribution à l’Europe de nouvelles ressources propres ; et en particulier une taxe sur les transactions financières.
Nous tenons là, me semble-t-il, les piliers essentiels et stratégiques de notre communication. Comment alors les décliner et les valoriser ?
Trois axes principaux me semblent devoir s’imposer :
− renforcer à Bruxelles la visibilité institutionnelle du Comité des Régions et la valeur ajoutée des travaux consultatifs et de son action politique ; − valoriser le Comité des régions, en tant que catalyseur de réseaux et fédérateur des points de vue des collectivités régionales et locales de l’UE ; − développer une communication décentralisée avec et dans les territoires de l’UE, c’est-à-dire au cœur de là où s’expriment quotidiennement les réalités citoyennes !
C’est certainement sur ce dernier axe que notre valeur ajoutée devient la plus manifeste et la mieux appréciée par les autres institutions européennes. Viviane REDING ne cache d’ailleurs pas ses attentes vis-à-vis de notre assemblée dans ce domaine. La Vice-présidente de la Commission européenne s’est d’ailleurs engagée à soutenir l’action de communication des membres du Comité des régions dans les territoires :
− d’une part en envoyant à tous les chefs des représentations de la Commission européenne dans les États membres l’instruction de répondre aux questions ou projets soulevés par le Comité des Régions et ses membres ;
− d’autre part, en donnant la possibilité pour les délégations nationales du CdR de conclure, séparément au niveau de chaque Etat membre, des "partenariats de gestion et stratégiques" (Management and Strategic Partnerships), autrement dit des partenariats impliquant les représentants du Parlement européen, de la Commission européenne et du gouvernement national. Ces partenariats disposent de fonds qui peuvent être mobilisés pour des projets notamment de communication décentralisée.
Force est de constater que c’est certainement la première fois que la Commission européenne nous donne clairement la possibilité, au niveau de chaque Etat membre, d’intégrer un tour de table où les membres des délégations nationales du Comité des régions, et/ou les associations nationales représentatives des collectivités régionales et locales auraient la possibilité de participer à des projets concrets de communication financés sur des fonds existants et souvent peu utilisés.
Je ne peux que vous encourager à vous rapprocher des bureaux de représentation de la Commission dans votre Etat membre.
Par ailleurs, que pouvons-nous apporter de mieux en tant qu’élus locaux à la communication de l’Europe ?
− une bonne connaissance des préoccupations de nos opinions publiques ; − une légitimité tirée de la reconnaissance de nos concitoyens. Un récent sondage montrait que les européens considéraient que les élus locaux étaient les mieux placés pour représenter l’Europe ; − donner des informations concrètes à nos concitoyens sans excès de jargon et sans parler le « globish eurocrate » qui glisse sur le cerveau de l’homme de la rue comme l’eau glisse sur les plumes des canards ; − investir les médias locaux (presse, TV et radio) avec le message du « penser global, agir local » ; − faire du « buzz » sur les réseaux sociaux du web 2.0 ; − publier une page « Europe » dans tous nos journaux municipaux et régionaux.
Je préside la commission "Europe" de l’Association des Maires de France, qui regroupe plus de 36 000 communes, et je puis vous dire qu’un des challenges de cette nouvelle communication sur l’Europe est qu’elle soit portée par des visages qui sont familiers aux citoyens. Et ces visages, mes chers collègues, ce sont les vôtres, ce sont les nôtres, vous, moi, nous tous, des visages familiers et accessibles.
Nous devons faire l’effort de distiller les grands enjeux européens que je détaillais tout à l’heure sur nos réseaux sociaux, dans nos réunions, sur le places des marchés, auprès des jeunes générations.
Notre communication par la preuve doit expliquer comment et en quoi une politique, un programme, une décision de l’Union européenne contribue-t-elle à améliorer la vie des citoyens au quotidien. Nous entrons dans un domaine où il s’agit de raconter une multitude d’histoires d’Europe, avec des faits et des résultats que les gens comprennent. Je vous assure, c’est ce qu’attendent de nous les femmes et les hommes de nos régions, de nos campagnes et de nos villes, les jeunes notamment !
Nous devons montrer une Europe qui écoute le peuple, qui protège, qui participe à la régulation de l’économie mondiale et qui fait sa place aux préoccupations de vie quotidienne, en particulier en matière d’emploi et de pouvoir d’achat.
Nous devons rendre l’Europe accessible et concrète aux yeux des citoyens, de tous les citoyens.
Je reste persuadé qu’à notre place d’élus européens de terrain nous tenons les clés de la bonne promotion de l’Europe et de l’avenir de la construction européenne.
Merci de votre attention.
Christophe Rouillon
Maire de Coulaines
Conseiller général de la Sarthe
Vice-président de l’Association des Maires de France, président de la Commission Europe
Membre du Comité des régions de l’Union européenne