samedi 5 novembre 2011, par
Le show « Obama-Sarkozy » est clairement une opération pré-électorale avant les élections présidentielles françaises et américaines de 2012. Affaiblis dans les sondages, leur but était de se serrer les coudes en pleine tourmente financière et de faire un pare feu médiatique face à la colère des peuples.
Le sommet du « G 20 » à Cannes est conforme aux standards des films de science fiction américains avec un scénario de base et un maximum d’effets spéciaux.
Comme d’habitude, les sujets les plus vastes et les plus ambitieux ont été mis à l’ordre du jour. Comme d’habitude, le ballet des chefs d’Etat et de gouvernement a donné l’illusion de l’action et de la puissance face aux événements. Comme d’habitude, la montagne a accouché d’une souris et aucune décision de nature à résoudre les graves problèmes économiques, sociaux, et écologiques de la planète n’a été prise.
A titre d’exemple, la taxe sur les transactions financières pour financer la relance de l’économie mondiale et la lutte contre la pauvreté dans le monde est repoussée aux calendes grecques !
La seule victoire de Sarkozy-Merkel est d’avoir fait plier George Papandreou sur la consultation du peuple grec… Maigre lot de consolation.
L’overdose médiatique ne peut faire oublier non plus le grave échec de Nicolas Sarkozy lors du dernier sommet européen à Bruxelles où il a échoué dans sa tentative de convaincre les allemands d’autoriser le rachat par la Banque Centrale Européenne de la dette souveraine des états européens en difficultés.
Résultat, les européens et les entreprises - via les banques - vont devoir payer 100 milliards d’euros ; ce qui aurait pu couter 0 euros si la BCE avait fait fonctionner la planche à billets comme le fait la Réserve fédérale américaine. Avec un euro fort à 1,40 dollars le risque de dévissage de notre monnaie et la reprise de l’inflation étaient faibles voir nuls.
Et maintenant, ce sont les pauvres qui vont devoir payer. On voit déjà apparaître des projets droitiers d’augmentation de la TVA, de mise à contribution des habitants par un prélèvement forfaitaire et de diminution des services publics asphyxiés par la réduction des dépenses des Etats.
Sans compter aussi la perte de souveraineté dûe à l’appel de liquidités du Fonds Européen de Stabilité Financière, par le truchement du fameux « véhicule spécial », en direction d’Etats comme la Chine, les Pays du Golfe, le Brésil, la Norvège ou encore la Russie.
Avec l’assouplissement prévisible des règles des échanges commerciaux et le durcissement des conditions d’achat d’énergie, le prix à payer sera immense pour les particuliers, les industries et les services. Même si j’ai entendu le cri d’alarme du dissident et artiste chinois Weiwei, je ne m’étendrai pas, à ce stade, sur les concessions à venir en matière de droits de l’homme
Alors permettez moi de contester le beau rôle de sauveur que se donne aujourd’hui le Président Nicolas Sarkozy et l’imposture intellectuelle qui consiste à dire « c’est le chaos, votez pour moi ! ».
La réalité est tout autre. Nous sommes lassés du colmatage en urgence et précaire des brèches en attendant les prochaines élections. Nous avons besoin de vision, de courage et d’anticipation.
Pour sauver l’Euro et pour sauver l’Europe, il faut permettre à la Banque centrale européenne d’émettre des euros obligations pour apurer sans trop de casse la dette des États.
Il faut instaurer une gouvernance économique européenne pour relancer l’économie et non pour enkyster la crise par l’appauvrissement et la précarité des hommes et des femmes de notre continent.
Il faut restaurer la puissance des États et consolider l’Europe pour déstabiliser les paradis fiscaux, juguler la fraude, réprimer les trafiquants et sanctionner durement les évadés fiscaux.
Il faut mobiliser les 100.000 collectivités locales d’Europe pour relancer l’investissement et élever le niveau d’éducation, de formation et de culture.
Il faut tendre la main aux pays pauvres et aider les peuples méditerranéens à relever le défi de la démocratie.
Nous sommes au bord du gouffre et les peuples qui souffrent ne sont plus dupes des feux d’artifices médiatiques.
Face à la colère qui gronde, il est urgent de changer de politique en France et en Europe.
Et comme le disait François Mitterrand "quand il y a une vraie volonté, il y a un chemin."
Christophe Rouillon
Maire de Coulaines
Conseiller général de la Sarthe
Vice-président de l’Association des Maires de France, président de la Commission Europe
Membre du Comité des régions de l’Union européenne