
Elus de proximité et de terrain, acteurs et relais de notre démocratie, derniers remparts de la République en cas de crise (canicule, violences urbaines,…), nos élus locaux sont en proie au découragement. Près de 1 000 élus des petites villes ont déjà signé l’appel de l’APVF pour moderniser les conditions d’exercice des mandats locaux.
Il existe en effet un décalage marqué entre leurs responsabilités, qui vont croissantes avec la décentralisation et les exigences nouvelles de nos concitoyens et les conditions d’exercice de leurs fonctions au quotidien.
Sans réaction collective, nous courrons le risque d’être confrontés à une profonde crise des vocations lors des prochaines élections municipales.
Ce malaise est particulièrement profond chez les maires dans la mesure où le statut de l’élu, pour autant que l’on puisse employer ce terme, tel qu’il se présente à l’heure actuelle est extrêmement précaire : très lourdes difficultés à concilier mandat, activité professionnelle et vie personnelle, forte exposition au risque juridique, comme l’illustre la condamnation récente du maire de Chamonix dans la tragique affaire du tunnel du Mont Blanc, difficultés à recruter un encadrement performant, réinsertion professionnelle aléatoire… Outre l’absence de la sécurité matérielle et professionnelle la plus élémentaire, cette addition d’obstacles conduit inéluctablement à un scénario inacceptable : celui d’un collectif d’élus locaux uniforme, recruté essentiellement parmi les retraités, les hommes et les fonctionnaires.
Les chiffres de la représentation politique locale ne peuvent à cet égard que nous interpeller profondément. Les femmes représentent 10,8% des maires alors qu‘elles représentent 52,3% des électeurs. Dans le même temps, les moins de 40 ans représentent 5,3% des maires alors qu’ils représentent 19% des électeurs. Deux exemples qui rappellent une réalité douloureuse mais tenace : la parité comme le rajeunissement de la classe politique locale relèvent pour l’instant de la douce illusion.
Nous constatons pourtant au jour le jour que la société se montre de plus en plus exigeante vis-à-vis des élus locaux : elle souhaite une représentation politique renouvelée et diversifiée, en phase avec les préoccupations quotidiennes des citoyens, mais aussi une représentation politique compétente, capable d’apporter des réponses nouvelles, précises et rapides à des problèmes de plus en plus complexes ; voir insolubles. De surcroît, étant de très loin l’élu le mieux identifié et le plus apprécié par les citoyens, le maire est aussi quotidiennement le premier sollicité. Dans de telles conditions, il devient ainsi gestionnaire de l’impossible, tenu pour responsable de tout et généralement de ce qui ne va pas, traversé par un sentiment d’impuissance face à la montée des urgences sociales et des insécurités de toute nature.
Ce grand écart entre les attentes de la société et la réalité des conditions d’exercice des mandats est révélateur d’un paradoxe inacceptable qu’il est urgent de résoudre.
La France est en matière de démocratie locale le mauvais élève de la classe européenne. Les garanties qu’elle offre à ses élus locaux apparaissent dérisoires au regard des réformes audacieuses engagées par nombre de nos voisins. Ainsi l’Espagne a adopté en 1999 une loi très volontariste disposant que les maires n’ont pas le droit d’exercer d’activité professionnelle en parallèle de leur mandat et sont de fait considérés comme des professionnels de l’action locale. En Italie, les employeurs peuvent depuis peu se faire rembourser l’équivalent horaire du temps que les salariés ne consacrent pas à leur activité professionnelle du fait de l’exercice de leur mandat. Enfin, en Hongrie, une loi récente prévoit que les maires à plein-temps perçoivent un salaire calculé en multipliant le salaire de base des fonctionnaires par un multiplicateur qui dépend de la taille de la municipalité et de la taille de la population. Combler ce fossé qui nous sépare de nos voisins européens devient donc, plus qu’une exigence, une ardente nécessité.
Ne nous y trompons pas : garantir aux élus locaux des conditions d’exercice des mandats correctes, que ce soit en matière de sécurité matérielle, d’accès aux compétences, de sécurité juridique est un objectif de sauvegarde collective et le contraire de céder aux exigences d’une corporation. Il faut reconnaître le caractère fondamental de leur mission d’intérêt général dans une société où les fractures économiques, sociales et territoriales rendent l’action publique locale plus nécessaire que jamais, comme l’ont montré de façon très significative les récentes explosions de violences urbaines.
Il est temps de changer radicalement la donne pour démocratiser plus largement l’accès aux fonctions électives et donner enfin aux élus locaux les moyens et les compétences dont ils ont besoin pour faire face aux enjeux considérables de la gestion locale de demain. Travaillons pour cela dans trois directions1 :
Au-delà d’une ferme volonté politique, dont les contours sont ici brièvement esquissés, cette révolution tranquille que nous appelons de nos vœux relève avant tout d’un changement de mentalité.
Il faut défendre les élus locaux pour que leurs fonctions perdurent et contribuent sereinement à la force de nos territoires et à consolider notre édifice républicain.
Christophe Rouillon a été auditionné dans le cadre des travaux de la Commission Balladur sur la réforme des collectivités territoriales. Il a plaidé pour la modernisation et la démocratisation des conditions d’accès aux mandats électifs locaux.
Apparemment cette question ne semble pas la priorité d’une commission plus préoccupée par le "tripatouillage" des territoires avant les prochaines élections régionales et départementales plutôt que de permettre aux jeunes, aux femmes et aux candidats issus de la diversité d’accéder à la citoyenneté élective !
ENQUETE « PASSIONNANTE » DIFFUSEE SUR TF1 AU 20 H OO DE LAURENCE FERRARI : "L’INTERVENTION DE L’EUROPE DANS UNE COMMUNE DE FRANCE : L’EXEMPLE DE COULAINES"
Accueil des familles de détenus à la prison des Croisettes, chantier de la rocade et défilé de mode "Créa-fibres" du chantier d’insertion Afic
Christian Blanc, secrétaire d’État chargé du Développement de la région capitale
21 minutes et 47 secondes après le début du 22H00, Christophe Rouillon réagit sur l’obligation pour les maires d’etre informés de la présence de délinquants sexuels dans leur commune, sur la suppréssion de la taxe professionnelle et sur François Fillon au congrès des Maires.