Oui, il nous faut une réforme du collège pour mettre fin à un système éducatif qui laisse, chaque année, 140 000 élèves sans aucune qualification. Pourtant les conservateurs de tous bords s’entendent sur un seul point : l’immobilisme.

L’annonce d’une réforme entraine des réactions, des ajustements, des échanges c’est tout l’intérêt du débat démocratique, mais l’objectif légitime est d’adapter le collège pour mieux transmettre les savoirs au plus grand nombre.

La latitude laissée aux équipes pédagogiques pour mettre en place les nouveaux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) et l’accompagnement personnalisé permettront de lutter contre l’échec scolaire (20% des élèves arrivent en situation de prédécrochage) et une meilleure prise en compte de la diversité des publics.

Les propositions relatives à la continuité des cycles, la différenciation pédagogique, l’aide aux devoirs, le suivi renforcé y participeront. Il est indispensable d’encourager le travail d’équipe, le partage, l’expression orale et la conduite de projet dans les domaines de la citoyenneté, de la vie professionnelle et du développement durable.

C’est pourquoi, nous soutenons la volonté réformatrice de la Ministre de l’Éducation nationale Najat Vallaud-Belcacem et du Président de la République.

Cependant, nous souhaitons apporter notre contribution aux propositions portant sur la réforme de l’enseignement des langues étrangères et en particulier de l’allemand.

L’apprentissage pour tous d’une langue étrangère dès le CP est une bonne chose, mais ce choix d’égalité républicaine implique-t-il de renoncer aux classes bilangues dès la 6ème au Collège, et de promouvoir, de fait, l’enseignement de l’anglais, au détriment de celui de l’allemand ?

Ces classes « allemand-anglais », ont été créées à la suite du 40ème Anniversaire du Traité de l’Elysée et ont fait la preuve de leur pertinence et de leur efficacité. Le nombre de collégiens apprenant l’allemand est passé de 5,5% en 2004 à 16% en 2015. Certains n’y voient pas de progression !

Pourquoi supprimer ce qui fonctionne bien et risquer d’inciter les parents à se poser la question du privé ?

Dès la 6ème, les élèves ont le même nombre d’heure d’enseignement en anglais et en allemand, puis, pour les plus motivés, les sections européenne offrent en 4è et en 3è des heures supplémentaires de langue, et ils peuvent intégrer des classes européennes au lycée ou des sections AbiBac correspondant au bac allemand ce qui leur ouvrent l’accès aux universités des deux pays.

La force du dispositif existant est que les élèves n’ont pas à choisir en 6ème entre l’allemand et l’anglais. Et contrairement à l’accusation d’élitisme, les élèves sont recrutés, sans sélection, sur le seul fondement de leur motivation.

Le rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale de décembre 2014, souligne que les classes bilangues sont un argument pour l’inscription des enfants de catégories sociales moyennes et favorisées dans les collèges de Zone Urbaine Sensible et « participent ainsi à la mixité sociale de l’établissement et favorise un effet d’entrainement positif au sein des classes. »

A Coulaines, qui comprend 50% de logements sociaux, chaque année, face aux idées reçues, une campagne d’information, auprès des élèves de CM2, valorise les classes bilangues. La Région Centre Val de Loire finance des échanges européens ainsi que les jumelages pour que notre jeunesse vive l’Europe.

L’enjeu va au-delà de l’enseignement strict d’une langue, il est économique, culturel et européen. L’apprentissage mutuel et privilégié de la langue allemande doit permettre, des deux cotés du Rhin, de mieux se connaître, de mieux se comprendre, de se lier.

Aujourd’hui, ne voyons-nous pas ressurgir, 70 ans après la fin de la guerre et sur fond de crise, les vieux démons du nationalisme et l’épouvantail du bouc émissaire germanique comme dans le pamphlet « Le hareng de Bismarck » de Jean-Luc Mélenchon qui s’emporte contre le « poison allemand ».

N’oublions pas que nos deux pays ont impulsé la construction européenne et que l’Allemagne est notre premier partenaire économique, industriel et commercial. 120 millions d’européens ont l’allemand comme langue maternelle.

Parce que nous pensons que le projet actuel pose problème en obligeant les enfants à choisir entre l’allemand et l’anglais dès le CP et en risquant de rétrograder, de fait, en 5ème l’apprentissage de l’allemand,

Nous proposons que les élèves puissent apprendre l’allemand, dès la 6ème, à raison de 3 heures par semaine en complément de l’anglais,

Nous proposons de doter chaque collège d’un laboratoire de langues, de développer un plan Erasmus pour les collégiens et de revoir le système d’évaluation pour qu’il valorise l’apprentissage des acquis au lieu de sanctionner les erreurs,

Nous proposons, comme dans les pays nordiques, que 50% des films et séries diffusés sur les chaines françaises soient sous-titrés plutôt que doublés.

Nous proposons, un plan national « langues » doté d’un montant équivalent à celui du plan numérique, avec pour ambition, de donner à chaque français la capacité d’être acteur de l’Europe et de la mondialisation.

Les réactions à la réforme prouvent l’attachement des français à l’apprentissage de l’allemand et des langues européennes. Face au risque d’hégémonie de l’anglais, défendre l’allemand ou l’italien c’est aussi défendre le français.

Il est encore temps d’améliorer la réforme et de saisir cette occasion pour que les Français « qui sont nuls en langues » deviennent bientôt les premiers de la classe.

Christophe Rouillon, Maire de Coulaines (Parti Socialiste) Vice-Président de l’Association des Maires de France chargé de l’Europe Membre du Comité européen des Régions

Christophe Rossignol, Conseiller régional du Centre-Val de Loire (Europe Écologie) Membre du Comité européen des Région

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Christophe Rouillon
Maire de Coulaines
Conseiller général de la Sarthe
Vice-président de l’Association des Maires de France, président de la Commission Europe
Membre du Comité des régions de l’Union européenne

Créé le lundi 21 novembre 2005  - Mis à jour le vendredi 15 mai 2015
Christophe Rouillon
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